Avant-propos
Ce livre est destiné à tous ceux qui pratiquent la croisière, la
course-croisière ou la promenade sur voiliers. Il se propose de démythifier les facteurs
de vitesse du voilier et la jauge, qui n'est elle-même qu'un thermomètre de ces
facteurs.
Un bateau est, pour un usage et un budget donnés, un compromis entre
des facteurs de vitesse contradictoires. Ainsi, la longueur est un élément positif car
elle diminue la résistance à la formation de vagues et facilite la pénétration dans le
clapot; elle est un élément négatif car elle augmente la surface mouillée et le poids.
La largeur est un élément négatif car elle augmente la surface mouillée et défavorise
la pénétration du bateau dans le clapot. C'est un élément positif car elle permet de
porter de la toile.
Un bateau très long et très étroit aura une vitesse limite élevée
mais ne pourra pas porter de toile; à l'inverse, un bateau dont la longueur sera égale
à la largeur portera de la toile mais n'avancera pas très vite. Le compromis se situe
donc manifestement entre les deux solutions et varie suivant le type de mer où l'on
navigue, la distance à parcourir et le type de navigation pratiqué.
Dans la première partie de cet ouvrage, j'ai tenté d'analyser, de la
façon la plus simple et sans avoir recours à des formules, tous les facteurs de vitesse.
Mon propos n'est pas de porter des jugements de valeur sur tel ou tel type de bateau. Tout
au plus, pour illustrer cette étude, ai-je cité trois exemples de bateaux correspondant
à des contextes différents et représentant un certain compromis. Ce livre doit se lire
comme une bande dessinée et les explications écrites ne sont là que pour faciliter la
compréhension des croquis.
Il y a de bons et de mauvais bateaux : un mauvais bateau est
toujours mauvais mais un bon bateau n'est bon que dans le cadre de l'utilisation pour
lequel il a été conçu. Il devient mauvais bateau si on ne l'utilise pas pour cela. Dans
le cadre de son utilisation, on a privilégié certains facteurs essentiels et relégué
au second plan d'autres facteurs. Le programme peut consister aussi à rechercher un
bateau polyvalent.
L'essentiel, dans tous les cas, pour l'utilisateur est de bien définir
l'usage qu'il va faire du bateau. Sur ce plan, la régate et la jauge ont une influence
néfaste car elles ont tendance à créer une mode et le résultat obtenu, très valable
en course pour une certaine jauge, n'est pas forcément le meilleur compromis pour une
bonne utilisation en croisière par exemple. En revanche, la course constitue un grand
apport de technologie nouvelle et de progrès effectifs, et je m'élève contre la
tendance inverse qui refuserait pour les bateaux de croisière les acquis de la course et
voudrait que les bateaux de croisière ne ressemblent qu'à des monstres, et soient des
parodies de ces bateaux qui naviguaient il y a un ou deux siècles. Ces bateaux
traditionnels sont le résultat des contraintes d'une technologie précise et d'un usage
particulier. Ces mêmes personnes oublient que les contraintes du matériau et certaines
contraintes de l'usage ont disparu.
Ce livre est dédié à la vitesse. Cependant, la vitesse n'est pas le
seul élément important dans un bateau à voile; elle est l'élément essentiel pour un
bateau en course. Pour le bateau de croisière, la vitesse est un agrément et un facteur
important de sécurité. L'agrément vient du plaisir de sentir le bateau qui vit et
avance et de pouvoir se rendre a volonté rapidement d'un point à un autre. Ce dernier
argument est tout relatif car on peut choisir des buts moins lointains en fonction de la
vitesse de son bateau. D'autre part, si l'on fait du bateau à voile, c'est
essentiellement pour vivre avec la mer et communiquer avec elle.
Le but principal est d'être en harmonie avec son environnement. Dans
le cas présent, le plaisir vient de l'harmonie de l'équipage avec lui-même, de 1
équipage avec le bateau, avec la mer, de l'équipage avec l'usage du bateau,
c'est-à-dire la pêche, le tourisme, etc. Les qualités marines complémentaires, non
exprimées dans ce livre, sont évidemment la solidité, mais également certaines
qualités de dialogue entre l'équipage et la bateau, comme par exemple la légèreté de
la barre. Sont essentielles également la qualité intrinsèque de l'habitat et la
relation de cet habitat avec l'extérieur.
De plus, un bateau est un poisson qui s'intègre dans son milieu, il
doit donc avoir son élégance.
Enfin, le bateau est un rêve qui symbolise notre plaisir d'être seul
ou plusieurs en communion avec la nature et en particulier avec la mer.
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